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Que faire pour s'amuser par une belle journée ensoleillée au mois de janvier? C'est la période des vacances scolaires et il fait un froid sibérien. Avec un collègue de travail, Paul Simard, nous avons décidé de louer une cabane à pêche pour la journée sur la rivière des Outaouais à Masson-Angers. C'est un véritable village sur glace avec 200 cabanes alignées des deux côtés d'un chemin bien déblayé bordé des deux côtés de bancs de neige.

UN MORDU DE LA PECHE BLANCHE

ou Comment passer une belle journée en plein hiver canadien

Texte et photos de Germain Lalonde

Un peu d'humour . .

Bien habillé, on ne risque pas d'avoir froid, surtout quand le bois est en abondance dans chaque cabane prêt à mettre dans la truie, oui une truie. C'est le poêle à bois qui sert deux fonctions: pour réchauffer l'intérieur et faire la cuisine.

Photo de l'auteur, Germain Lalonde sur la rivière des Outaouais en février.

En fait, pour le non-initié, on ne dirait pas une rivière mais seulement une étendue de champ de neige dépourvue d'arbres. C'était un brave gaillard, Monsieur Laroque, 86 ans, trappeur, chasseur, pêcheur, qui habitait tout près sur la Baie des Cultivateurs, qui nous a recommandé d'aller voir ces pourvoyeurs de cabanes à pêche, Roger Schryer et Marcel Voyer. C'était notre première visite et nous n'avons pas été déçus!

Dès notre arrivée à 8h du matin à la réception chez le *pourvoyeur, on nous a pris en main pour assurer une agréable journée sur la glace. Tel qu'on nous l’avait indiqué au téléphone inutile d'apporter quoi que ce soit. Tout le matériel est fourni sur place, sauf la nourriture pour la journée que nous avions apportée dans des glacières, non pas pour garder le manger au frais, mais pour l'empêcher de geler !

Tout le gréement de pêche se trouve au bureau d'accueil

juste avant l'entrée sur la rivière: le fil et les hameçons, les morceaux de bois qui serviront de cannes appelés brimbales ici, une louche métallique, de l'appât, des menés (alevins) vivants et verres de terre. La transition entre la terre et la rivière se fait d'une façon imperceptible car la neige couvre tout. Ma fille Emma et son ami Stéphane qui vient d'arriver de France pour passer les fêtes au Canada, ne sont pas très rassurés. Mais comme rien ne bouge sous notre poids et que la camionnette passe bien, il n'y a rien à craindre. Une fois arrivés à la cabane numéro 46, le propriétaire nous demande combien de trous nous voulions devant la fenêtre. Je jette un coup d'oeil aux autres cabanes et je constate que chacune a environ 6 trous. En un clin d'oeil, il a tiré la ficelle pour faire démarrer sa tarière mécanique et les 6 trous étaient prêts en quelques minutes*(voir la photo ci-bas). La glace faisait 60cm d'épaisseur.

Il fait -35 degrés C. Mais nous n'avons rien à craindre car à l'intérieur de chaque cabane se trouve un poêle à bois ou plus précisément, une « truie », selon la description plus précise du propriétaire. Et effectivement, le mot est juste car le poêle est rond, allongé et gros comme une truie. Une bonne provision de bois bien rangé repose dans un coin. Ce bois nous fournira la chaleur voulue soit pour faire le café avec l’eau puisée des trous dans la glace, soit pour nous réchauffer ou pour préparer les deux repas. La première réaction de ma fille a été de verser un peu d'eau de sa bouteille sur la table afin de la laver.

Mais elle a été surprise de voir l'eau se congeler immédiatement sur la table. Eh oui, il faisait bien -35 degrés! Alors, avec un grattoir de glace elle a réussi à enlever la croûte déjà formée sur la table. Inutile d'ajouter que la table était impeccable!

Une fois les 6 trous percés dans la glace en ligne droite et espacés de 3 mètres devant notre grande fenêtre, le pourvoyeur a même appâté le premier hameçon afin de nous montrer comment ça se faisait. Il ne fallait pas oublier de garder les menés et les vers au chaud près du feu. Notre cabane avait un plancher en bois mais si le coeur vous en dit, vous pouvez louer une cabane sans plancher et faire percer les trous à l'intérieur. C'est au choix du client.

Comme il faisait une journée claire et ensoleillée., la fumée montait droit dans le ciel. Nous pouvions bien observer de l’intérieur de notre cabane chauffée, nos six bimbales toutes alignées et prêtes à pencher la tête au moindre touché d'un poisson.

En quoi consiste une canne à pêche sur la glace?

Il s'agit simplement de deux bâtons d'environ 80cm. Le premier bâton est planté droit dans la neige à côté du trou, et le deuxième repose en équilibre sur le premier avec le fil qui descend dans le trou. Quand ça mord, le bâton en équilibre penche la tête. C'est alors qu'il faut sortir et ferrer le poisson à temps, autrement on revient bredouille! Heureusement que nous étions quatre car il fallait sortir à tour de rôle au moins toutes les 6 minutes afin de casser la glace qui se formait dans le trou et dégager la glace au moyen d'une louche percée.

Au bout de 8 minutes, une couche de glace se formait et empêchait tout mouvement du fil. Mon ami Paul avait maintenant préparé un bon déjeuner sur un réchaud Coleman. Une grande fenêtre donnait une vue bien dégagée sur nos brimbales et sur une île boisée au loin. De la cafetière sur le poêle à truie se dégageait une bonne odeur de café. En somme , un confort rudimentaire mais fort apprécié ici en plein milieu de la rivière à moins de 30 degrés dehors!

Voir la photo de brimbales

Quelle patience de mordu de la pêche par un -22 degrés!
Mais la récompense peut s'avérer réjouissante !


Mais soudain, on a vu la tête d'une brimbale s'incliner! Dehors tout le monde et hop! on sort un poisson. Aussitôt déposé sur la glace, le poisson a mis moins de trois minutes à se congeler dur comme une brique. Ceux qui laissent les poissons traîner ne les retrouveront plus le lendemain matin car les renards rôdent ici la nuit et parfois des coyontes. Nous avons attrapé trois perchaudes, deux mariganes blanches, une barbotte et un brochet..

Et pour faire changement, nous avons décidé de faire deux équipes. Une resterait à guetter les lignes, l'autre chausserait des skis de fond pour aller voir l'île au loin. Paul et moi avons trouvé une piste de renard, toute fraîche. Nous l'avons suivie et peu de temps après, nous avons aperçu un beau renard qui se retournait de temps en temps pour nous voir. Il y avait une hutte de castors qui dépassait largement la profondeur de la neige. Du sommet une buée d'air montait comme une vapeur chaude.


Le doré

C'était une famille de castors bien protégée à l'intérieur car au sommet il y avait un entrecroisement de branches qui empêchaient toute bête d'y passer.

Nous avons vu d'autres pistes qui ressemblaient à celles du loup ou du coyote. Selon Monsieur Laroque, il y a une meute de loups qui se promène le long de la rivière cet hiver. Il y a des chevreuils (cerfs de Virginie) pas loin dans les bois alors les loups les chassent, surtout quand il y a clair de lune.

A cinq heures il faisait déjà noir, alors il était temps de ramasser notre matériel de pêche. Personne n'a eu froid et nous étions bien chaussés avec du feutre dans le fond de nos bottes d'hiver. A la brunante, un homme et une femme sont venus nous saluer et parler de la pêche. Ils allaient coucher dans leur cabane cette nuit-là. Je ne sais pas comment ils ont fait mais quelqu'un devait mettre du bois dans le poêle pendant la nuit, autrement ils n'auraient pas pu résister au froid.

Paraît-il que les poissons mordent mieux avant le lever du soleil le matin, alors, ils voulaient y être avant les autres!

Nous venions de rencontrer de vrais mordus de la pêche!

Notre baptême de pêche blanche fut tellement agréable que nous y sommes retournés le début mars. Comme il y a eu une courte période de dégel pendant trois jours au mois de février, toute la surface de la Baie des Cultivateurs était une couche de glace lisse et luisante au soleil. Il faut être prudent en voiture et conduire en ligne droite sans faire de slalom. Une autre belle journée fort agréable, mais par un temps beaucoup plus abordable, -10 degrés seulement et ensoleillé. Des enfants qui avaient chaussé des patins se faisaient tirer par le vent au moyen d'une large toile arrondie comme un petit parachute.

Nous avons appris que des groupes scolaires viennent passer la journée à la pêche blanche. Quel meilleur moyen que d'apprendre à mieux connaître la nature et de voir de près la vie qui bouge sous nos pieds. Connaissez-vous la marigane, ce poisson à la chair délicieuse, mieux apprécié même que le doré selon certains amateurs de la pêche? (voir la photo ci-bas)

Les saisons

L'été c'est l'épluchette de blé d'Inde, l'automne c'est une promenade dans les bois pour admirer la symphonie des couleurs flamboyantes des feuillages, et l'hiver, c'est la pêche blanche! Ou une sortie en raquettes et un pique-nique sur un lac dans la neige par une journée ensoleillée.

Ce n'est pas pour rien que le Canada, c'est un pays de contrastes et des quatre saisons bien différentes les unes des autres. Vigneault avait peut-être raison de dire: "Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver." De toute façon, il faut faire avec alors on n'a pas le temps de s'ennuyer ici!


Lexique qui explique . . .
1.Pourvoyeur établissement où l’on trouve tout le nécessaire pour la chasse et la pêche, tels les appâts, les cannes à pêche, les canots, chaloupes, moteurs, tentes, provisions.
2. la marigane poisson plat à écailles, d'eau douce dont la chaire est fort appréciée
3. la brimbale canne à pêche sur glace, formée de deux batons courts; l'un repose en équilibre sur celui qui est planté à la verticale dans la neige ou glace. S'il penche la tête, c'est que ça mord!


Album de photos sur les activités de la pêche blanche:
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Si vous voulez voir un 4X4 avec une cabane en remorque:
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Vous voulez voir un beau site de pêche blanche au lac Champlain?
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Germain Lalonde

réalisation et mise à jour du site: Germain Lalonde
janvier 2005

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